60 ans de la PAF: « Gigi » le leader Niçois se souvient

Athos4-2000
Le commandant Yves Girard, dit "Gigi" le Niçois alors charognard  Photo Armée de l'air 

Le colonel Yves Girard a commandé (leader) en 2001 la Patrouille de France. Cet officier niçois, qui a été moniteur de ski à Isola 2000, est aujourd'hui attaché de défense à l'ambassade de France à Berne en Suisse. Il revient  pour "Nice Matin" sur son expérience à la PAF.


Que représente la Paf pour un pilote avec en plus les fonctions de Leader? Pourquoi avez-vous candidate à l'époque?
La PAF peut représenter pour beaucoup de pilotes de chasse un rêve, voire même la finalité d'une carrière.

Mon arrivée à la Patrouille de France a été le fruit d'un concours de circonstances, un véritable "coup de chance".


Alors que j'étais commandant d'escadrille dans un escadron de Mirage
2000 de la base d'Orange, un ancien pilote de la PAF a rejoint mon unité
après son séjour dans l'équipe. Après quelques mois, il me proposa
d'organiser une visite de la Grande Dame à Salon afin de faire découvrir
à quelques pilotes la PAF "de l'intérieur". Il allait de soi que je
devais faire partie du déplacement, présentant selon lui les qualités
potentielles d'un "bon Charognard" (NDLR: le commandant en second de la
Paf et futur leader). A cette époque, je vivais une carrière
opérationnelle extrêmement dense et passionnante faite de nombreuses
participations aux opérations d'Irak et d'ex-Yougoslavie ainsi qu'à de
nombreux exercices internationaux d'envergure sur presque tous les
continents. Inutile de vous dire qu'une affectation à la Patrouille de
France ne m'avait alors jamais effleuré l'esprit… Il fut suffisamment
persuasif pour m'arracher à mes responsabilités et me convaincre d'y
participer. La révélation eût lieu quelques secondes à peine après le
décollage du premier vol d'entraînement de la journée que j'effectuai
derrière le Charognard de l'Equipe 1997. J'ai immédiatement été
littéralement estomaqué par les évolutions, la proximité des avions,
l'implication de chacun des pilotes dans cette bagarre de chaque
seconde.


Je suis descendu de l'avion avec les yeux qui brillent d'un enfant qui a
fait le plus beau tour de manège de sa vie et j'ai demandé "où est-ce
qu'on signe???". Je ne serai jamais assez reconnaissant à "Jack" de
m'avoir mis le pied à l'étrier de la sorte et d'avoir été quelque part
l'artisan de la plus belle période de mon existence!

Avec le recul, qu'en retenez vous au niveau professionnel et humain?

 

Une affectation à la Patrouille de France constitue une expérience
"extraordinaire" stricto sensu à la fois sur le plan technique et
humain.


Sur le plan technique car on apprend à réaliser avec l'Alphajet des
évolutions et des gestes qui sortent largement du cadre d'emploi
habituel de l'avion, sur le plan humain car la PAF donne l'opportunité
de vivre une expérience relationnelle unique: vers le public avec lequel
se nouent des échanges très forts en émotion, mais également (et
surtout) avec l'Equipe au sein de laquelle s'installe une relation
extrêmement forte de confiance, sous-tendue à la fois par
l'incontournable prise de risque qui caractérise notre discipline et par
une quête commune de perfection.

 

Propos recueillis par Didier CHALUMEAU