L’arsenal de Toulon à l’inventaire du patrimoine?

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L'arsenal de Toulon (Photo Var Matin) 

Pour la première fois en France, les services de l'inventaire général du patrimoine missionnent un historien spécialiste des fortifications pour intégrer l'arsenal à ses recherches.

Lire l'article d'Ambre Mingaz de Var Matin 


«C'est exceptionnel. Cela veut dire que pour la première fois, des bâtis militaires des armées sont recensés à l'inventaire général du patrimoine », se félicite Emmanuelle Braud-Oppenheim, du service historique de la Défense de Toulon.

En clair, si l'historien Christian Corvisier, chargé d'inventorier le patrimoine pour le compte de la région Paca, ne s'était intéressé jusqu'ici qu'aux fortifications toulonnaises, il a cette fois poussé jusqu'à l'intérieur de l'arsenal.

Ce spécialiste du patrimoine s'est en effet offert récemment une petite visite des lieux aux côtés d'un autre expert local, Bernard Cros, ingénieur des études et techniques des travaux maritimes et historien des infrastructures de la Marine. Aidé des fonds conservés par l'antenne toulonnaise du service historique de la Défense, Christian Corvisier a ainsi pu cibler les vestiges les plus anciens et les plus significatifs.

« Exceptionnels et significatifs"

Comme l'ancienne corderie. Bernard Cros indiquant : « Par ses dimensions exceptionnelles et son état archéologique, 30 % de son volume correspond à son état d'origine. » L'édifice érigé sous Vauban a en effet conservé, malgré l'incendie de 1873 et les bombardements alliés de la Seconde Guerre mondiale, une toiture et un premier étage de la fin du XIXe siècle.

Ou encore l'ancien magasin à poudre appelé aussi « chapelle des forçats » de 1697 et resté « pratiquement dans son état d'origine. Un élément exceptionnel, puisque le seul en France avec celui de Rochefort, de la même époque », selon Bernard Cros.

L'expert a ensuite découvert le bâtiment de l'horloge, situé près de la porte principale. Datée de la fin du XIXe, son architecture visible de l'extérieur de l'arsenal a abrité l'autorité militaire de l'arsenal. « De par sa décoration, c'est un bâtiment significatif. La cloche de 1672, qui correspond au début du règne de Louis XIV et que l'on peut voir au musée de la marine, rythmait la vie de l'arsenal. »

Bernard Cros a ensuite présenté «la construction aérienne la plus ancienne », à savoir le fortin de l'angle Robert de l'arsenal, situé dans la darse vieille. « À l'origine, c'était une plateforme d'artillerie, avec un parapet à canon, qui n'existe plus. C'est le plus vieil ouvrage. Il date de 1638, de l'époque Louis XIII. »

« Les gardiens du temple »

La visite s'est ensuite poursuivie vers la porte Castigneau, dans l'ancienne boulangerie de la Marine, fermée et aujourd'hui menacée par des chutes de pierres. Érigée en 1780, la boulangerie, dont il ne reste que les fours et des voûtes, abritait la fabrication des biscuits de mer.

Enfin, Christian Corvisier a pu découvrir le magasin général (construit en partie par les anciens forçats, de 1823 à 1827) par lequel transitaient les fournitures de l'arsenal, ainsi que les fortifications défensives du fort de Malbousquet. « Un ensemble très étendu, très complexe et exceptionnel » là encore, selon Bernard Cros.

Fort de cette visite et des nombreuses photographies qu'il a pu faire, l'historien missionné par la Région a ainsi pu recenser, pour la première fois, des ouvrages militaires de l'arsenal dans l'inventaire général du patrimoine et l'enrichir de ses recherches et documentations. Bernard Cros rappelant que « ces experts du patrimoine sont un peu les gardiens du temple ».

AMBRE MINGAZ  (Var Matin)