Livre blanc: deux généraux dénoncent « le déclin programmé de la défense de la France! »

Dans une tribune libre adressée notamment à l'auteur de ce blog et intitulée "halte au déclin programmé de la France" , deux généraux en deuxième section, tous deux membres du club des sentinelles de l'agora dénoncent " le déclin programmé de la défense de la France". 

  Les politiques sont responsables
des choix de défense du pays. C'est un principe démocratique qui ne
se discute pas.

Mais rien ne justifie l'absence de
transparence dans un domaine qui touche de manière fondamentale à
la sécurité du Pays et à l'influence de la France dans le
monde.

L'attitude du gouvernement est inacceptable. Elle
peut se résumer en deux mots: mensonge et mépris.


Mensonge.
L'exercice du
Livre Blanc est l'exemple caricatural de la manipulation de l'opinion
publique et de l'exploitation abusive du statut des militaires.

Le
pouvoir veut faire croire aux Français que, dans le cadre des
contraintes financières actuelles,le budget qui sera alloué aux
Armées est le résultat des conclusions des études sur le Livre
Blanc.
Il permettra, affirme t-il , de satisfaire au mieux les
capacités nécessaires pour affronter les risques et les menaces
envisagés, malgré une nouvelle réduction importante des forces
conventionnelles.

Cette manière de présenter les
décisions prises est scandaleuse. La réalité est tout autre. Les
choix en matière de Défense relèvent du "Fait  du
Prince", de la seule volonté du Président de la République
qui a décidé de ne pas accorder de priorité budgétaire au
ministère de la Défense et de sanctuariser,sans aucune
concertation, la Dissuasion nucléaire.

Les réductions homothétiques de
nos forces conventionnelles depuis plusieurs décennies, outre le
fait qu'elles affaiblissent irrémédiablement leurs capacités,
voire les fassent perdre, n'ont jamais été en concordance avec les
L. P. M. les accompagnant, entraînant notre Défense vers un déclin
programmé qu'il est grand temps de stopper, car il n'y a aucune
raison que dans cinq ans on ne constate pas le même décalage.

Il
ne faut pas tromper le peuple français:le Livre Blanc n'est qu'un
exercice intellectuel destiné à "habiller"une décision
politique prise depuis longtemps. Il convient ici de rappeler le
scabreux exercice de communication auquel s'est livré le pouvoir,
avec l'aide de Bercy et de quelques journalistes complices, pour
faire croire que le budget de la Défense a été sanctuarisé par le
Président de la République.

Mépris.
Il faudrait aussi cesser
de considérer les militaires comme des citoyens de seconde zone ,qui
n'auraient qu'à attendre les décisions, exécuter les ordres et
surtout courber l'échine.
Il est vrai que nous sommes toujours
enfermés dans les principes selon lesquels la hiérarchie
militaire républicaine est soumise au devoir de réserve et doit se
taire.

La réaction du chef d'état-major
des armées, dès la sortie du Livre Blanc, est révélatrice de cet
état de fait, comme le montrent ces extraits de son message aux
armées:
.."A partir d'une analyse de l'environnement
géostratégique, des risques et des menaces pour notre défense et
notre sécurité, ce document déterminant pour notre outil de
défense définit l'ambition nationale et les moyens qu'y consacre
notre pays…Les Armées …ont pris toute leur part dans cette
actualisation  de notre stratégie de défense et de
sécurité….Je sais, pour vous avoir rencontrés, en France comme
sur nos théâtres d'opération, que vous saurez vous adapter aux
exigences nouvelles."…Fermez le ban!
Ce mépris est encore
visible dans la manière où, au prétexte de recentrer les
militaires sur le coeur de leur métier, le pouvoir va les
dépouiller, dès cet été, et avec la complicité des contrôleurs
généraux, de la politique de gestion et de l'administration de leur
personnel comme celle du soutien et de la logistique générale des
armées, pour les confier à des administrateurs civils. Ainsi, les
militaires seront cantonnés définitivement dans un statut de pur
technicien de l'affrontement armé, non maîtres des prises de
décision sur le fonctionnement général de l'institution,et bien
évidemment encore moins autorisés à se prononcer sur les grandes
orientations stratégiques de notre Défense. Or, en matière de
gestion, qui peut mieux connaître la spécificité du métier
militaire et ses contraintes, que l'officier qui depuis le début de
sa carrière côtoie ses soldats, marins et aviateurs? C'est la
cohésion même de nos forces qui risque d'en être affectée.

Face à cette situation, de
nombreux militaires, qu'ils soient en retraite ou en activité,
estiment qu'il faut réagir avec la plus grande vigueur pour dénoncer
ces nouvelles restructurations qui conduisent, de toute évidence, à
affaiblir encore plus un outil déjà bien fragilisé par de
nombreuses réformes non assimilées, et mènent à un irrémédiable
déclassement de notre outil de Défense.

 Ils en appellent à la
responsabilité de nos députés et sénateurs qui devront demain
voter la loi de programmation militaire (LPM) pour les années à
venir.

  • Ou bien, ils choisiront de
    privilégier la sauvegarde de notre modèle social en acceptant le
    déclassement de notre Défense et la perte de l'influence de la
    France dans le monde, ce à quoi conduit le Livre Blanc, malgré le
    discours officiel cherchant à prouver le contraire.

  • Ou bien, ils voteront
    courageusement, pour un budget annuel de 31,4 milliards d'euros,
    promis par le Président, mais en excluant les recettes
    exceptionnelles, tour de passe passe préconisé par Bercy, et se
    prononceront pour un rééquilibrage budgétaire entre les moyens
    consacrés à la dissuasion et les moyens conventionnels, ce qui, à
    l'évidence, nécessite un vrai débat.

 Ce choix, doit
permettre de renoncer à la suppression des 24000 postes
supplémentaires avec leur cortège de restructurations coûteuses .
Il donnerait aux armées une pause salutaire pour remédier au
désordre administratif généré par les réformes successives (
Louvois, Bases de défense) et préserverait le moral de nos soldats
dont l'exaspération a atteint des limites proches de l'explosion.

 En restant dans
l'enveloppe financière définie par le président pour tenir compte
de la crise, en attendant qu'un retour de la croissance permette de
meilleures perspectives, cet effort est d'abord un geste de justice
vis à vis de ceux qui servent leur pays jusqu'au sacrifice suprême,
en leur donnant les moyens de remplir leur mission, c'est également
la manifestation de la volonté de maintenir un outil industriel de
défense français performant, et enfin un signe fort adressé par la
France à la communauté internationale, de sa volonté d'assumer
pleinement ses responsabilités.

 

Général (2S)
Marc ALLAMAND et Général (2S) Jean Pierre SOYARD.

 Le
général de corps d'armée Marc Allamand, figure des Alpins , a notamment
été gouverneur militaire de Marseille et chef de l'état major 
interarmées de  planification opérationnelle.