Tout sur Bazeilles 2013

Bazeilles fréjus 2013

Pour la 27ème année consécutive, c'est à Fréjus,  ville de garnison historique des Troupes de marine que les troupes de marine vont célébrer ce samedi et  ce dimanche  les combats héroïques des marsouins et bigors de la division de marine, face aux régiments bavarois pendant la bataille de Sedan.

 Lors
de cette cérémonie, le genéral d'armée Ract Madoux va décorer trois drapeaux d’unités des Troupes de marine pour leur action en
Afghanistan :  la fourragère de
la croix de la Valeur militaire au  21 ème régiment
d’infanterie de marine de Fréjus (21e RIMa)
et au 1er régiment
parachutiste  d’infanterie de marine de Bayonne (1er RPIMa)
, L' étendard
du 3 ème  régiment d’artillerie de marine de Canjuers (3 ème RAMa)
recevra la croix de la valeur militaire.


Troupes coloniales, d'outre mer et troupes de marine

Héritières des cent compagnies ordinaires de la mer créées en 1622 à l’initiative du cardinal Richelieu, les troupes de marine ont un passé riche de quatre siècles d’histoire.
La création de troupes spécialisées, destinées aux expéditions ultramarines et à l’affirmation de la souveraineté française dans des contrées lointaines, permet à la France à se constituer un  empire colonial. Dépendant directement du ministère de la Marine et des colonies, les Troupes de marine participent à toutes les conquêtes coloniales, amenant ainsi les soldats d’infanterie de marine aux quatre coins du monde. Ces derniers s’illustrent également en métropole, en particulier au cours de la bataille de Bazeilles en 1870, dans les Ardennes où, réunis au sein d’une même division, « la Division bleue », ils résistent héroïquement aux assauts répétés d’un ennemi supérieur en nombre. Ce n’est qu’à bout de munitions que les hommes sont contraints de se rendre. L’ennemi permettra aux cadres de conserver leurs armes.
En 1900, les troupes de la marine sont rattachées au ministère de la Guerre, pour devenir troupes coloniales, affectées prioritairement au service outre-mer. Leur comportement au combat durant les deux conflits mondiaux, leur valent une solide réputation.
En 1958, elles deviennent troupes d’outre-mer rattachées au ministère des Armées ; les corps de troupe reprennent les appellations « de Marine » : régiments d’infanterie (RIMa) ou d’artillerie de marine (RAMa), de parachutistes d’infanterie de marine (RPIMa), interarmes d’outre-mer (RIAOM).
Le 4 mai 1961, un décret supprime l’appellation des troupes d’outre-mer et la remplace par celle originale de troupes de marine.
En 1967, l’infanterie, l’artillerie et les télégraphistes de marine fusionnent dans une même
arme de l’armée de terre : l’arme des troupes de marine. Pour partie déjà professionnalisées, elles continuent à intervenir dans les différents combats menés par la France en Indochine, en Algérie, dans le Golfe…

Le sacrifice de l'artillerie de marine

Ayant échappé à la défaite complète et à la capture lors de la bataille de Bérézina (27-28
novembre 1812), l’empereur Napoléon parvient à rejoindre la Pologne et la France
grâce au sacrifice des 400 artilleurs pontonniers du général Eblé. Dès janvier 1813, il
forme une nouvelle armée destinée à rejoindre les éléments résiduels de la Grande
armée, rentrés de Russie et défendant le territoire du Grand-Duché de Pologne contre
l’avancée russe.
Cette nouvelle armée est forte de 230 000 hommes, dont 18 000 bigors, prélevés sur les ports de la Bretagne. En l’absence de bouches à feu disponibles, ils seront employés comme fantassins et vont se signaler comme tels.
Deux semaines de marche en direction de Leipzig amènent la division Compans, en tête de  l’armée, du côté du village de Lützen, le dimanche 2 mai 1813. Afin de stopper l’avancée de Napoléon vers Dresde et la Pologne, les coalisés attaquent par surprise. Le 3ème Corps du maréchal Ney et le 6ème Corps du maréchal Marmont reçoivent le choc de l’effort principal de l’ennemi. Les artilleurs de la Marine, fantassins en l’absence de canons, tiennent le choc et leurs baïonnettes sont dressées crânement, malgré les boulets de l’artillerie ennemie. Face à leur rang de fer, la fine fleur de la cavalerie prussienne est décimée. Face à eux l’ennemi a lâché pied et perdu près du triple d’hommes. Cette saignée n’empêche pas la 1ère division du 6ème corps de se distinguer de nouveau à la bataille de Bautzen, le 20 mai. Ce jour-là, moins de trois semaines après Lützen et 150 kilomètres plus à l’Est, les coalisés prétendent interdire le passage de la rivière Spree. Les artilleurs de la Marine, au centre du dispositif français, se distinguent encore en patientant avec courage sous la canonnade ennemie, puis en s’emparant de la ville de Bautzen, point clé de la défense ennemie. Aussi forts en attaque à Bautzen qu’ils l’ont été en défense à Lützen, les hommes des 1er et 2e régiments d’artillerie de la Marine viennent de gagner la première inscription sur leur emblème: LUTZEN 1813.
Engagé à compter du 19 octobre dans la retraite qui fait suite à la trahison de l’armée saxonne en pleine bataille de Leipzig, l’armée française chemine en bon ordre à travers la Hesse vers Francfort, Mayence et le Rhin. Sa progression se trouve barrée, le 30 octobre, à Hanau par les Bavarois qui se sont retournés contre la France, leurs alliés depuis plus de 7 ans. Les  prouesses de l’artillerie du général Drouot, la charge de la cavalerie lourde de la vieille garde, puis l’assaut de l’infanterie du corps du maréchal Mac Donald ruinent l’armée bavaroise qui perd le quart de son effectif. Arrivé en milieu de nuit, à marches forcées, les bigors attaquent dans la foulée la ville d’Hanau. Les derniers soldats du corps du Maréchal Marmont enlèvent la ville en moins d’une heure. Le passage est libre vers l’ouest ; l’armée française a su éviter la destruction ou la capture. L’assaut vigoureux du 3e de la Marine contre la citadelle lui vaut sa première inscription sur son emblème : HANAU 1813.

Récits des combats

1870, la France est en guerre. Pour la première fois de leur histoire, marsouins et bigors
sont groupés dans une même division, la division de marine. Surnommée la division bleue, elle est commandée par le général de Vassoigne.
Le 31 août, la division de marine reçoit l'ordre de reprendre le village de Bazeilles, dont
l'ennemi vient de s'emparer. La 2e brigade du général Martin des Pallières, formée des 2e et 3e régiments d'infanterie de Marine et de trois batteries du 1er régiment d'artillerie de la Marine, lance son attaque et mène un combat acharné dans le village. Elle est bientôt soutenue par la 1ère brigade, commandée par le général Reboul et composée des 1er et 4e régiments d'infanterie de marine. À la tombée de la nuit, Bazeilles est entièrement repris.
Dès l'aube du 1er septembre, le 4e corps d'armée bavarois contre-attaque, appuyé par une puissante artillerie. Commence alors une lutte farouche, maison par maison, rue par rue. Se battant à un contre dix, éprouvés par la chaleur et la soif, la gorge brûlée par la fumée des incendies, écrasés sous les obus, les marsouins vont à deux reprises chasser l'ennemi du village. Tous témoignent de la même ardeur, du même mépris de la mort. Mais vers 16 h, les munitions manquent et les défenseurs sont submergés par le flot ennemi. Quelques officiers et une trentaine de soldats, dont la plupart sont blessés, se retranchent alors dans une auberge,  la maison Bourgerie. Pendant quatre heures, ils arrêtent la marche des assaillants et ne succombent qu'à bout de munitions.
Telle est la glorieuse épopée de la division bleue, qui lutta jusqu'à la dernière cartouche et compta, au cours de ces deux tragiques journées, 2600 tués dans ses rangs. Quarante Bazeillais trouvèrent également la mort au cours des combats.
La division qui comptait environ 9 000 hommes avait perdu 2 655 tués, blessés ou disparus dont 100 officiers (35 tués), 213 sous-officiers, 275 caporaux et 2067 marsouins et bigors, soit environ 30 % de l'effectif alors que les pertes de l'ensemble de la garnison de Sedan (80 à 100 000 hommes) étaient inférieures à 15 % et minimes si l'on exclut celles importantes des Chasseurs d'Afrique.
Les Bavarois avaient eu 4 088 hommes hors de combat, soit la moitié des pertes totales
allemandes pour cette bataille. La division bleue ne représentait qu'environ 10 % des troupes françaises face aux 250 000 Prussiens, Bavarois et Saxons du général prussien Moltke qui attaquaient Sedan.