Eric gendarme, et « negreg » en Paca : portrait

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Les négociateurs de crise régionaux, les "Neg reg" sont formés par le GIGN pour dénouer des crises de faible ou moyenne intensité. Eric, sous-officier supérieur de gendarmerie, est aussi le seul négociateur de crise des Alpes-Maritimes. Il est intervenu ce mois-ci à Lucéram dans le haut pays niçois avec succès. Il a obtenu la reddition d'un homme retranche chez lui avec une arme et sa famille.  Portrait.

«Tout faire pour préserver la vie ». C'est sa devise et sa mission. Eric, une petite cinquantaine, est un sous-officier supérieur de gendarmerie. Brigade territoriale, enquêteur dans une unité de recherches, postes de commandement, il a suivi un parcours des plus classiques.

Sauf qu'en plus de son travail quotidien dans une unité des Alpes-Maritimes, il a une spécialité aussi rare que délicate : il est le seul négociateur de crise du département et l'un des deux de la région Paca, l'autre se trouvant dans le Var.

Lundi dernier, avec son binôme varois, ils ont convaincu un forcené à Lucéram de se rendre aux forces de l'ordre. L'intervention a débuté vers 11 heures du matin et s'est achevée à 20 heures ! 

Avec un dénouement heureux. Pas d'intervention et pas d'effusion de sang. De cette intervention, il ne dira rien, discrétion oblige.

C'est en 2006, lors d'un appel à volontaires, que ce militaire, la foi de servir les autres chevillée au corps, a intégré ce cercle très fermé des « Negreg », l'abréviation pour négociateurs régionaux.« Nous étions une vingtaine de candidats, au final huit ont été sélectionnés par la cellule nationale de négociation du GIGN après notamment des entretiens avec des psychologues. »

Une semaine de formation au sein du GIGN plus tard, il a obtenu le précieux sésame. Mais la formation est permanente avec un recyclage dans la « maison mère ».

Sous la houlette du GIGN

À son initiative, Eric et son camarade varois procèdent chaque année à une immersion dans un service psychiatrique ou psychologique.

Ainsi, ils ont suivi un psychologue clinicien, ont été immergés en milieu pénitentiaire et cette année, ont passé plusieurs jours dans le service psychiatrique de l'hôpital d'instruction des armées Laveran de Marseille.

Car, ils peuvent aussi être confrontés à des militaires ou anciens militaires souffrant du syndrome post-traumatique après une participation à un conflit. Tous les profils les intéressent et toutes les expériences les enrichissent.

Comment travaillent-ils ? « Nous travaillons toujours à deux et ne traitons que les crises de faible ou moyenne intensité tout en rendant compte en permanence au GIGN, nous sommes en permanence sous sa tutelle et si l'affaire prend de l'ampleur, c'est lui qui prend le relais en accord avec le commandant de groupement auquel nous rendons compte également », détaille Eric.

Le gros bisou de la mère d'un forcené

Concrètement, poursuit-il, il faut « d'abord dénouer le nœud du problème, pacifier la situation en déterminant les facteurs déclenchant puis établir la personnalité du forcené ou du retranché, faire son environnement, découvrir ses passions, ses points faibles, ses points forts, il faut trouver une accroche », explique le négociateur qui ne se présente pas toujours comme un gendarme.

Pour leur mission, les négociateurs disposent d'un mémento opérationnel afin de procéder à une évaluation neuropsychologie des individus concernés. Puis, ils négocient. « Je suis un outil, il n'y a pas de délai de temps », précise Eric qui évalue le taux de réussite à plus de 80 %. Ses souvenirs les plus marquants : « douze heures devant la porte d'un schizophrène qui a finalement été maîtrisé par le peloton d'intervention d'Orange ». Et, « le gros bisou de la mère d'un forcené qui s'est rendu ». Tout faire pour préserver la vie, c'est sa mission !

 Par Didier CHALUMEAU