Les Oubliés de la Nation : le combat du père d’un para mort en préparant une OPEX

Jean-Pierre Woignier, père d’un parachutiste du 3e RPIMa mort en 2017 sur le camp de Caylus dans un accident en préparant une projection en OPEX, se bat pour que les militaires décédés dans des circonstances similaires soient reconnus comme morts au service de la Nation et non morts en service. Voici son combat pour les Oubliés de la Nation .


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ls s’appellent François, Alexandre, Sébastien ou encore Cédric : ils sont parachutiste, marsouin ou gendarme.
Leur point commun?
Ces militaires sont morts accidentellement à l’entraînement en exercice opérationnel avant projection ou en mission intérieure.
Bien que décédés en service commandé, ils sont considérés comme morts en service. Mais ils n’ont pas eu droit à la mention Mort pour le service de la Nation alors que certains autres militaires décédés dans des circonstances similaires se sont vus accorder cette mention entre 2015 et 2017.

Une gerbe à l’Arc de triomphe

Ce 3 mars, au nom de ces Oubliés de la nation,  Jean-Pierre Woignier déposera en compagnie de responsables associatifs une gerbe sur la tombe du soldat inconnu à l’Arc de triomphe.
Le 5 mars, il rencontrera le général d’armée François Lecointre, chef d’état-major des armées, pour le sensibiliser à ce qu’il considère comme une injustice et une iniquité.

Pour mon petit-fils

Jean-Pierre Woignier est le père de l’adjudant-chef François Woignier du 3e RPIMa, mort accidentellement le 2 aout 2017 à Caylus (Tarn-et-Garonne) en préparant une projection en Afrique. Le VAB dans lequel il était en tourelle s’est retourné.
Ce parachutiste major de promotion à Saint-Maixent qui s’était engagé au « 3 » en 2002 préparait sa 14ème OPEX.

Il sera promu adjudant-chef et recevra la médaille militaire à titre posthume. Mais son nom n’est pas inscrit sur le monument aux morts de Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes)  où il repose, et son fils Owen n’est pas pupille de la Nation.

Pourquoi? Parce qu’il n’a pas été déclaré mort pour le service de la Nation.

Une demande du chef de corps du « 3 »

Pourtant le chef de corps du 3e RPIMa avait demandé cette mention pour ce soldat d’élite, cité à l’ordre du régiment.
Mais la ministre des Armées, en vertu de son pouvoir discrétionnaire, a refusé cette mention que son prédécesseur avait octroyé antérieurement à plusieurs militaires décédés dans des conditions analogues.
Cela se fait au « doigt mouillé » persifle le père du parachutiste.

 

Seize militaires depuis 2017

L’adjudant-chef François Woignier (Photo DR)

Pour elle, les conditions du décès accidentel en exercice opérationnel de François Woignier ne peuvent  pas être considérées comme une « circonstance exceptionnelle » au vu du décret de 2016.

Pourtant, ce texte précise que « peut également bénéficier des dispositions du premier alinéa un militaire ou un agent public décédé du fait de l’accomplissement de ses fonctions dans des circonstances exceptionnelles ».
Jean-Pierre Woignier et plusieurs familles ont décidé de se battre pour que le para du « 3 » et d’autres se voient accorder cette mention.
Ils sont seize militaires des Armées dans le même cas depuis 2017.
 La loi n° 2012-1432 du 21 décembre 2012 votée après la mort des militaires tués à Toulouse et Montauban par Mohamed Merah en raison de leur qualité de militaire est en effet rétroactive.
Concrètement, par rapport à la mention Mort en service, celle de Mort pour le service de la Nation offre une pension de réversion pour le conjoint de 100 % contre 50 %, le statut de pupille de la Nation pour les orphelins, et la reconnaissance mémorielle de la Nation qui se traduit par l’inscription sur le monument aux morts de la commune du défunt et un hommage lors des cérémonies officielles.

Pas dans l’invective 

« Nous ne sommes pas dans l’invective, je ne recherche pas une plaque de rue au nom de mon fils, ni de l’argent, ma belle-fille est à l’abri du besoin, mais c’est pour mon petit-fils que je me bat car son père est mort pour le service de la Nation et non mort en service dans un « banal accident de la vie courante », ce ne sont pas les mêmes circonstances même si , évidemment, la douleur des familles est la même » confie Jean-Pierre Woignier.

Ordre du jour François Woignier

« C’est important pour mon petit-fils de savoir que son père soit reconnu afin d’être pupille de la Nation«  dit Jean-Pierre Woignier qui est très « reconnaissant » envers l’armée française. « Nous avons été aidés, appuyés, nous avons ressenti la fraternité d’arme et l’assistante sociale a été formidable » témoigne Jean-Pierre, 65 ans.

Plusieurs points d’incompréhension

Pour lui ce combat est avant tout une démarche destinée à faire connaître l’incompréhension des familles par rapport aux décisions arbitraires de  la ministre des Armées. : il y a d’abord la non reconnaissance des risques liés aux entraînements, aux exercices opérationnels et aux missions intérieures.  » Ces risques sont pourtant reconnus par certains articles provenant du site internet du ministère des Armées et du rapport du haut comité de l’évaluation de la condition militaire (HCECM) de septembre 2019″ argumente Jean-Pierre Woignier.

13e rapport septembre 2019 – HCECM

Ensuite, poursuit le père du para, le  « second point d’incompréhension est la reconnaissance automatique comme pupille de la Nation des enfants des victimes d’attentats alors que ceux des serviteurs de la Nation qui se sont sacrifiés pour notre pays ne le sont pas ».
Enfin, complète Jean-Pierre Woignier, la troisième point concerne l’attribution de la citation à l’ordre de la Nation pour les policiers décédant accidentellement dans un accident de la circulation, de plongée ou de tir et la reconnaissance comme pupilles de la Nation de leurs enfants et la perception à 100 % de la pension de réversion par leurs conjoints.
Le ministère de l’intérieur serait-il plus reconnaissant que le ministère des armées ? se demande le fondateur des Oubliés de la Nation ?
« Il y a tellement de flou dans les attributions qu’il faut préciser les choses car en face d’une mention administrative, il y a des familles qui n’ont pas besoin de formules humiliantes comme celle d’un soldat mort dans un accident en Opex et qui est déclaré Non mort pour la France sur le site Mémoiredeshommes.fr » poursuit Jean-Pierre Woignier.
Certaines décisions sont incompréhensibles comme celle concernant les trois membres du groupe Montagne Gendarmerie (GMG) de l’Ardèche décédés à l’entraînement  en juillet 2013 à Chamonix lors de la rupture d’un pont de neige. L’adjudant-chef André Turquat, l’adjudant Emmanuel Potentier et le maréchal des logis-chef Olivier Rouch n’ont pas été déclarés « morts au service de la Nation » alors qu’en 2016, un légionnaire décédé à l’entraînement lors d’une avalanche l’a été.
Toutes ces incompréhensions et injustices ont motivé deux élus de la République d’initier deux propositions de loi, l’une à l’Assemblée nationale et l’autre au Sénat demandant l’octroi de la mention Mort au service de la Nation aux militaires décédant accidentellement à l’entraînement en exercice opérationnel ou en mission intérieure.
Pour Jean-Pierre Woignier,  si elles sont votées, « ces propositions permettront de graver dans le marbre les conditions d’attributions qui ne seront ainsi plus décidées arbitrairement par un homme ou une femme ».
Plusieurs associations patriotiques soutiennent le combat des Oubliés de la Nation dont l’APNM Gendarmes & Citoyens qui a consacré un dossier sur le sujet dans son magazine.
Didier CHALUMEAU

 

Contact : 0672055935

jp.woignier@gmail.com 

http://www.lesoubliesdelanation.fr

 

 

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